La vengeance masculine est-elle un signe de déséquilibre mental ?

Image et ombreNotre équilibre psychologique est assurément lié à nos différents états d’être, que certains comportements peuvent accentuer d’une façon positive ou négative. La santé mentale, quant à elle, est beaucoup plus complexe, car elle se joue à plusieurs niveaux à la fois : physique, psychologique, psychique et même social. Si notre équilibre psychologique est relativement «ajustable», même si, pour ce faire, il faut y mettre du sien et rechercher activement des solutions, le déséquilibre mental quant à lui, est un dérèglement multifactoriel qui demande un diagnostic. La maladie mentale est une sorte d’état d’être dont le caractère pathologique n’est que la pointe de l’iceberg, vu l’importance des différents contextes sociaux qui en influencent le développement. Le déséquilibre mental peut se révéler à partir d’une situation ou d’un événement et s’amplifier à travers des actions personnelles qui montrent sans l’ombre d’un doute que le déséquilibre est profond. Se pourrait-il que la vengeance masculine associée à une violence meurtrière soit le symptôme d’un déséquilibre mental, surtout si cette violence est planifiée ?

Par exemple, récemment au Québec, cette question s’est posée lors du procès de Guy Turcotte, qui a vraisemblablement assassiné ses deux enfants par vengeance et semble espérer jouer sur les deux tableaux : être mentalement irresponsable en alléguant un empoisonnement et se sauver ainsi d’un emprisonnement à vie ou purger sa peine et subir l’étiquette d’être un assassin « involontaire ». Un père qui, dans un moment d’égarement, tue ses propres enfants pour se venger de sa femme qui le quitte pour un autre homme soulève inévitablement la question du déséquilibre mental. Cette situation devrait nous obliger à essayer de mieux comprendre pourquoi tant de pères de famille tombent subitement dans ce même pattern de vengeur meurtrier* quand leur orgueil de mâle est entaché suite à une rupture amoureuse. Se pourrait-il que certains hommes aient de la difficulté à accepter et même à être conscients de leur fragilité psychologique ? La vengeance socialisée et ses dommages collatéraux servent malheureusement trop souvent à redonner ses lettres de noblesses à la force brutale pour résoudre des conflits familiaux. Ce pattern de vengeance provient assurément d’un très vieux désir masculin d’assoir son pouvoir de vie ou de mort sur les autres.

La violence par vengeance faite aux femmes, aux enfants, mais aussi aux soldats et même aux prisonniers n’équilibre en rien les jeux de pouvoir; au contraire, elle renforce les polarités (hommes / femmes, riches / pauvres, occidentaux / orientaux, croyants / athées, etc.) au point d’alimenter les conflits quand il faut justement les diminuer.

On le voit aujourd’hui, par exemple, dans le comportement du dirigeant nord-coréen, dans les cercles politiques des vendeurs d’armes américains et européens comme au sein des grandes entreprises chinoises qui se veulent les moteurs de l’économie mondiale et les modèles d’une vision d’affaires de prédateurs voraces. Pour atteindre les sommets du pouvoir, dans nos sociétés, il faut obligatoirement être ambitieux et il semble, qu’une fois arrivés dans les hautes sphères décisionnelles, certains contractent la folie des grandeurs et la vengeance organisée devient leur modus operandi pour gagner un territoire, une part de marché ou une place de choix en politique.

Alors, comment avoir une bonne vision de ce que peut être l’équilibre mental quand plusieurs sociétés occidentales et orientales sont prises en otage par des vengeurs professionnels ? Le déséquilibre mental à caractère socio-politico-militaire a ses racines dans le statut du héros sauveur prêt à tuer « l’autre » pour garder sa patrie, son honneur, sa vérité, ses croyances et son profit net. Ce modèle psychologique aux multiples avatars connus (cowboy justicier, superhéros galactique, général d’armée investi d’une mission divine, etc.) est valorisé par des films, des jeux vidéos et une certaine littérature populaire. Étrangement, ceux qui dirigent le citoyen vers les abîmes de la confrontation guerrière et utilisent l’argument de la vengeance et de la punition sont rarement diagnostiqués comme des malades mentaux. Bien au contraire, ils deviennent nos modèles de réussite et plusieurs les admirent pour leur leadership et leur vision.

Notre santé mentale ne tient pas juste à un diagnostic fait par un professionnel. Notre équilibre personnel débute avec la qualité de nos relations et notre désir d’écouter ce qui se passe autour de nous, sans nous enfermer dans des comportements qui valorisent le plus fort contre le plus faible. Nous devons apprendre à nous « ajuster » entre amis, croyants, voisins et pays afin de ne pas utiliser la vengeance et de nous donner une qualité de vie, ce qui suppose une intelligence relationnelle, pour ne pas dire une grande maturité psychologique.

Prenez le temps de stimuler votre imagination pour discuter de vos patterns psychologiques.

 michel_delage

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*Un survol de la violence familiale

  • Selon les données policières pour l’année 2011, il y a eu près de 95 000 victimes de violence familiale, ce qui s’est traduit par un taux de 279 victimes pour chaque tranche de 100 000 habitants dans la population.
  • Le plus souvent, les victimes de violence familiale entretenaient une relation conjugale avec l’auteur présumé, environ la moitié (49 %) des victimes étant mariées ou ayant déjà été mariées à l’auteur présumé. De plus, une propor-tion de 18 % des victimes de violence familiale ont été agressées par un de leurs parents, 13 %, par un membre de la famille élargie, 11 %, par un frère ou une sœur et 9 %, par un enfant, le plus souvent un enfant adulte.
  • Les victimes de violence familiale étaient surtout de sexe féminin (69 %). Cette représentation disproportionnée était la plus marquée pour la violence conjugale, 80 % des victimes étant des femmes; elle ressortait également dans les cas où l’auteur présumé était un enfant (63 %), un membre de la famille élargie (58 %), un parent (57 %) et un frère ou une sœur (57 %).
  • À l’échelon provincial, les plus forts taux de violence familiale ont été enregistrés en Saskatchewan (583 pour 100 000 habitants) et au Manitoba (402), alors que les plus faibles taux ont été observés en Ontario (190), à l’Île-du-Prince-Édouard (227), en Nouvelle-Écosse (246) et en Colombie-Britannique (271).

Statistique canada http://www.statcan.gc.ca/pub/85-002-x/2013001/article/11805/hl-fs-fra.htm

PDF La violence familiale au Canada : un profil statistique, 2013   (p.46)
http://www.statcan.gc.ca/pub/85-002-x/2014001/article/14114-fra.pdf

Articles à lire :

« Du bon usage de la barbarie et de la folie », François Dupuis-Deri, Le Devoir, 10 octobre 2014

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