Les couleurs peuvent-elles servir à l’apprentissage ?

Les couleurs peuvent-elles

Si nous partons du principe que la perception visuelle découle de la réceptivité aux ondes visibles, la couleur fait donc intrinsèquement partie d’un certain classement de l’information visuelle.

Regarder un arbre, c’est enregistrer une réalité physique de surcroît ondulatoire pour la replacer dans une imagerie mentale (forêt, paysage, essence de plantes, etc.) liée à notre faculté de définir et de positionner l’arbre en question. L’image mentale que l’on se fait n’est pas un objet isolé mais une sorte de symbolisation de la réalité physique pouvant servir de port d’attache à des sentiments, des émotions et des souvenirs complexes.

Tous les types d’images, même stylisés à leur plus simple expression picturale, deviennent une sorte de tremplin pour développer notre organisation psychique. Celle-là même qui crée le sens et classifie les multiples interprétations que nous avons de la réalité.

Pourquoi l’image d’un arbre peut-elle signifier une saison en particulier, la paresse ou la rêverie pour une personne, et que pour une autre elle signifiera le suicide, la foudre ou même la désertification ? Notre vision du monde est constamment liée à notre faculté d’accorder à celle-ci une signification et d’imaginer ses correspondances avec un environnement complexe.

Et parfois, quand la réalité ne correspond pas au sens premier que nous lui avons donné, un certain court-circuit se fait dans notre cerveau pour «effacer», sinon transformer une partie de l’enregistrement  initial.

L’accès au savoir exige que chacun d’entre nous s’approprie son propre processus de signification, même si pour cela il faut faire l’exercice d’en formaliser les sources et d’en partager les découvertes.

Pour apprendre et retenir un sujet complexe, lié à un apprentissage sur plusieurs jours, il faut que ce type de concentration possède au départ une bonne dose de signification pour l’apprenant. Car, si le sens réel d’une formation n’est pas bien précisé, voire intériorisé, les images utilisées tomberont dans un «no man’s land» où l’apprenant oubliera facilement ce qu’il vient tout juste d’enregistrer, faute d’assise psychique suffisante.

Prenons le cas de l’apprentissage du sens des signaux lumineux de la circulation routière aux intersections des routes : « rouge » veut dire « arrêter », « vert » signifie « continuer » et « jaune » veut dire « ralentir ou, du moins, « surveiller ». Trois couleurs correspondant à trois actions (différentes) : arrêter, continuer et ralentir. Mais pourquoi retenir absolument qu’il faut arrêter au rouge, continuer à la couleur verte et ralentir dans la circulation en voyant la couleur jaune ?

Les signaux lumineux demandent de céder périodiquement le passage à d’autres automobilistes venant de directions opposées. Ce code de passage permet d’éviter les accidents et de gérer la circulation d’une façon «automatique». Mais, si l’on oublie le sens réel de ces signaux, on peut très bien «brûler» une lumière rouge, arrêter sur la lumière verte ou accélérer sur la lumière jaune. L’oubli ou la modification du sens des signaux semblent monnaie courante car la première cause de mortalité au monde provient des accidents de la route.

Très souvent, l’automobiliste, modifie son processus de construction du sens jugeant à propos de ne pas tenir compte du «sens premier», voire de la convention qui lui permettrait de ne pas avoir d’accident sur la route. Notre imaginaire étant toujours situé à plusieurs niveaux (psychologique, physiologique, intuitif, sensoriel, etc.), nous nous permettons constamment de modifier, d’annuler, de transférer ou même d’oublier le pourquoi d’une action pour se garder une certaine liberté dans l’interprétation de la réalité.

Alors, si l’on peut facilement oublier le sens de trois petites couleurs et mettre systématiquement notre vie et celle des autres en danger, il est facile, lors d’un apprentissage, d’oublier le sens premier d’une formation incluant ses composantes  (diagrammes, textes, photos, vidéos), sachant que notre vie ne sera jamais mise en danger. Parfois même, il se peut qu’il soit plus important de «jouer» avec les limites de ce processus de construction du sens que de le fixer à demeure de façon à régler une fois pour toutes un principe d’apprentissage, voire un principe de vie.

Pour apprendre plus efficacement et organiser les images avec lesquelles nous devons construire du sens, il faut considérer les images que nous enregistrons comme ayant été au préalable chargées d’un «sens premier». Et, ce faisant, nous pourrons continuellement puiser dans ce filet de sécurité psychique une signification pouvant garantir la pérennité des connaissances qui pourraient s’y greffer.

Un arbre, un oiseau, la terre, l’eau, une maison, tout comme un sentiment, une émotion et tant d’autres «objets» de connaissance, sont tous reliés à quelque chose qui enrichit notre interprétation de la réalité, et qui devront temporairement devenir «virtuels» pour nous donner la possibilité de manipuler abstraitement la complexité de notre monde intérieur.

La démarche de symboliser la réalité par une image nous permet ainsi de trouver des signaux pour arrêter, continuer ou ralentir notre apprentissage. Il sera donc question de bien identifier quels types d’images peuvent classer des sujets complexes englobant une pléiade de connaissances lesquelles sont toujours en perpétuel développement.

À l’exemple d’un automobiliste, l’apprenant se dirige sur l’autoroute de la connaissance et, parfois, certaines couleurs ou signaux sont d’une grande utilité pour mieux gérer d’une façon «automatique» le moment où il serait bon de ralentir (réfléchir et prendre des décisions) d’arrêter (de faire le vide pour assimiler l’information) ou de continuer (de s’ouvrir à un nouveau savoir).
*Wikipédia  (processus cognitif)

Michel Delage

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