L’humanité possède-t-elle une bonne santé psychologique ?

Bosch 1Nous sommes rendus à un carrefour important dans l’évolution de l’humanité : continuer à s’affronter, voire à se battre les uns contre les autres pour savoir qui seront les maîtres de la planète. Par exemple, certains religieux entretiennent la haine de l’infidèle et sont prêts à tuer ceux et celles qui n’ont pas la même vision de Dieu alors qu’ils sont censés représenter le summum de la compassion et de l’entraide parce qu’ils sont en contact avec « plus grand que soi ». Les nations dilapident leurs ressources naturelles en les vendant aux plus offrants alors qu’elles devraient protéger le patrimoine écologique pour les générations futures. Les multinationales se partagent les marchés en s’affrontant dans l’arène juridique et contournent les règlements pour mieux cacher leurs capitaux dans des paradis fiscaux alors qu’elles devraient participer à l’enrichissement des pays qui les accueillent. Est-ce vraiment un signe d’évolution d’entretenir ces paradoxes qui frisent le non-sens ? Qu’elles soient du domaine de la religion, de la politique ou d’une idéologie économiste, nos activités humaines doivent montrer un peu plus de « bon » sens pour nous éviter de retomber constamment dans ces paradoxes destructeurs. Notre imagination ne pourrait-t-elle pas devenir un fabuleux dénominateur commun pour changer de paradigme social et canaliser notre désir d’évoluer vers un développement axé sur la complémentarité, et ce, à tous les niveaux ?

Pour que l’humanité atteigne une certaine maturité, il faut du temps et il ne faut pas que ce temps soit essentiellement dévolu à la recherche du pain quotidien. Les humains ont la chance de dépasser l’état de survie, car nous avons imaginé, et l’histoire le prouve, des milliers de solutions à des problèmes complexes autant dans le domaine de la production alimentaire, de la communication que des transports. Chaque fois, pour intégrer ces innovations, le climat social s’est adapté aux changements que cela imposait. Le train, l’avion, la télévision, l’ordinateur et le cellulaire ont bouleversé non seulement nos habitudes de vie mais notre mode de penser et, inévitablement, nos comportements psychologiques. Maintenant, ces objets sont parties prenantes de l’évolution de toutes les sociétés dans le monde et servent de dénominateur commun pour entrer plus facilement en communication. Notre imagination a réussi à dépasser les limites conceptuelles et idéologiques dans lesquelles nous étions temporairement enfermées pour nous faire découvrir comment il est possible de modifier nos modes de penser à des fins de cohésion sociale. Aujourd’hui, il est plus sensé d’essayer de comprendre le différences culturelles pour mieux vivre ensemble, de faire des échanges commerciaux avec des pays désirant profiter des nouvelles innovations et de mettre en place des politiques environnementales propices à protéger nos ressources mondiales que de s’entretuer pour un territoire, pour une croyance ou pour tirer profit du malheur des autres pays en augmentant les intérêts de leur dette nationale.

L’apprentissage d’une sagesse planétaire dirigée vers la coopération de tous les citoyens et l’arrêt complet de toute forme de guerre (sans condition) semble douloureux aux plus ambitieux, car la confrontation des plus forts est enracinée dans notre psyché comme la voie royale pour assurer la cohésion sociale et garder intacte cette idée que l’évolution est sans cesse associée à l’élimination de nos ennemis. Disons-le franchement, la guerre et ses multiples démonstrations de force créent une sorte de trou noir aspirant tout sur son passage, y compris leurs instigateurs. De même, il faut revoir cette fascination pour la vengeance et la punition divine comme une manière archaïque et dépassée d’entrer en relation pour affirmer son pouvoir.

Afin de découvrir notre extraordinaire humanité et sa capacité à se réinventer, il faut cesser d’entretenir l’idée que la bataille a encore du sens quand la planète est à feu et à sang, quand les ressources alimentaires se raréfient, quand le développement nous amène à tuer notre voisin et quand la richesse dont nous souhaitons profiter appartient uniquement à ceux et celles qui ont les moyens de la placer dans des comptes offshore. Le « bon » sens serait d’abandonner tranquillement l’idée que la confrontation à grande échelle nous permet d’évoluer.

Nous savons tous et toutes, dans notre for intérieur, comment faire la différence entre des relations gagnantes/gagnantes et celles qui nous dirigent tout droit à notre perte. Et, comme nous avons maintenant une grande facilité à partager une partie de notre vie avec des interlocuteurs de différents pays, grâce à la technologie de l’information, il serait souhaitable d’y voir une occasion d’imaginer comment les esprits belliqueux pourraient trouver du « sens » à s’entraider par delà leurs différences. Si nous utilisons notre imagination, comme nous l’avons fait pour inventer toutes sortes de nouveaux objets, nous pouvons aussi imaginer des solutions aux paradoxes et aux non-sens qui persistent dans notre façon de penser et qui entrainent tous ces actes de barbarie. Cette nouvelle révolution du sens commun devrait être axée sur la santé psychologique de l’humanité afin de nous permettre d’atteindre un nouveau stade d’évolution.

Michel Delage

  • « Le temps d’être généreux…et cohérent »     Mathieu Mireault, Le Devoir,  22 décembre 2014
  • « Le suicide plutôt que le viol pour les femmes enlevés par le groupe EI » Agence France-Presse ,  Le Devoir , 24 décembre 2014
  • « Des trésors détruits par la guerre »   Agence France-Presse,  Le Devoir, 24 décembre 2014
  • Grandeur et misère de l’esprit humain,  Éric Desrosiers, Le Devoir  4 janvier 2015

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