Projection dans l’avenir : imaginer le futur en utilisant le passé

Projection

Quand on veut comprendre les fonctions de la mémoire humaine, il semble qu’on touche une très grande complexité. Et pour s’y attarder, nous devons régulièrement situer où débute et où finit cette complexité dans une valeur temporelle ramenée à notre échelle de pensée.

Les cerveaux des humains sont tous construits sur le même modèle. Ceux-ci possèdent tous les mêmes zones inexplorées quant à cette faculté extraordinaire de «voir l’avenir» ou de projeter, dans un futur rapproché, des événements qui ne sont pas encore arrivés. Faire des projections dans un temps qui n’existe pas encore à travers des projets qui n’ont jamais été mis en œuvre nécessite une confiance en soi et une grande capacité d’imaginer ce que pourrait être cette réalité liée au futur.

Et cet exercice d’imagination ou, si vous voulez, cette mise en préparation mentale, – pour essayer de situer une action dans une autre temporalité – s’avère être un processus mettant inévitablement à contribution les mémoires explicite et implicite.

L’homme se développe et se transforme, et de tous temps il se sert de ses expériences passées pour imaginer son avenir. C’est dire que ses projections et ses idéaux sont inévitablement supportés par une série d’événements antérieurs dont il en a mémorisés précieusement certaines applications pour s’en servir, tel un tremplin psychique, pour explorer des zones qu’il considère comme un terrain de jeu où il n’y aurait, virtuellement, aucune limite. Cette appropriation d’un temps relatif, par le bais de notre mémoire, devient une sorte de «fenêtre» temporelle où se fusionneraient événement passé et vision de l’avenir. D’après des expériences à l’université de Leeds*, « les 3 derniers jours et les 3 prochains jours constitueraient une fenêtre de conscience autonoétique** constituée de souvenirs spécifiques d’expériences récentes et d’anticipation d’expériences spécifiques futures. Cette fenêtre temporelle nous permettrait de rester fortement attachés à nos objectifs».

Le processus de projection, une fois mis en branle, permet d’agrandir consciemment cette «fenêtre temporelle» pour qu’elle devienne le point de départ d’un ancrage psychologique où les souvenirs se transforment en une trame faisant de nos projections un chaîne capable de construire une sorte de filet imaginatif intemporel propice à mettre en «continue», un passé / présent / futur. Sachant que l’avenir sous-entend une infinité de potentialités, il faut que notre mémoire puisse au moins «reconnaître» les limites de cette potentialité pour que notre processus mental réussisse à adapter la réalité avec la projection.

Il arrive fréquemment que nos sens – n’ayant pas été habitués à «voir» ou à «écouter», sinon percevoir un présent paradoxalement «étiré» sur une ligne temporelle virtuelle -ne puissent pas facilement construire ce futur imaginatif, laissant une sorte de vide technique face à la prochaine étape de notre développement.

Tous ces exercices cérébraux – mettant à profit la visualisation, la projection et la comparaison d’un «passé / futur» réactualisé au présent – provoquent ostensiblement un enrichissement de notre «fenêtre temporelle personnelle» afin d’entretenir une mémoire implicite qui enregistre, de toute façon à notre insu, cette notion si complexe qu’est le temps, la durée, l’avenir, le futur et même l’infini.

Il est donc de bon augure de croire en un avenir meilleur, sous-entendant par là la réussite de nos objectifs personnels et sachant d’autant plus qu’il est maintenant prouvé que notre mémoire se sert de notre bagage mnémonique pour créer, de toute pièce, un futur relatif garantissant une sorte de vase communicant avec nos souvenirs. Il devient ainsi plus profitable d’imaginer ce futur rapproché (quelques jours) même s’il devra rester une construction virtuelle, puisqu’en bout de ligne l’objectif n’est plus la vision «exacte» de l’avenir mais la gestion d’une ligne temporelle en voie de subir de constantes transformations.

*Tous les rouages de notre identité p. 46 Revue La Recherche juillet-août 2009
**Autonoétique : La conscience de l’époque passée à laquelle les événements se sont déroulés et du temps qui s’est écoulé depuis. Endel Tulving

Michel Delage

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