Trop d’images, c’est comme pas assez !

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Nous avons tous des ordinateurs super-puissants ayant une capacité d’enregistrement de plus en plus grande. Nous pouvons facilement emmagasiner de l’information grâce à des disques durs amovibles devenant de facto des archives ou même des espaces complémentaires à nos projets multimédia. Il y a également les DVD, les CD, les bandes mini DV les albums de photos, les vidéos, sans oublier les banques d’informations sur le Web qui servent à donner encore plus de possibilités pour trouver «the» image pour tous nos travaux, dossiers de présentation, porte-folio, comme nos messages courriel et j’en passe.

Mais, une fois répertoriée, classée, enregistrée et réorganisée, cette boulimie d’imagerie a-t-telle une finalité, un objectif pédagogique, une visée mnémotechnique pouvant développer nos capacités intellectuelles ? Vous me direz que oui, bien sûr, cet exercice permet d’enrichir notre savoir personnel et, possiblement, de raffiner notre processus de communication. Vu la pléiade de renseignements enregistrés, il est inévitable que nous nous en sortons «grandi». Mais, cette avalanche d’images et cet entreposage virtuel fragmentable à l’infini, permettent-ils réellement de perfectionner nos facultés de mémorisation, sans que celles-ci deviennent une mémoire de remplacement ?

Chaque photo, séquence vidéo ou album de photos prend le rôle d’une mini-mémoire s’installant à notre insu dans notre imaginaire mental comme des repères pour reconstruire de petits mondes, lesquels serviront à alimenter la complexité de nos langages (parlé ou écrit). Mais l’accumulation de ces petites mémoires engendre rapidement des embouteillages organisationnels. Regardez sur votre bureau d’ordinateur et essayez de réduire l’ensemble des documents à 10 icones. Vous verrez ainsi que l’exercice devient rapidement un vrai casse-tête. À la fin, la tentation de mettre un autre icone sur le bureau pour classer vos projets est presque inévitable.

Il y a souvent l’image qui donne accès aux dossiers qui donne accès aux sujets qui divisent encore et encore le classement en d’autres arborescences ayant tendance à reformer toujours un labyrinthe. Nous possédons des structures de classement et des outils de gestion qui servent à créer un dossier où l’on mettra tout en vrac avec une date pour arrêter momentanément l’image de l’image qui est représentée par l’icone de l’archive contenant l’entrepôt des multiples labyrinthes. Le ménage du ménage se fera peut-être…un jour. Nous refaisons des archives dont on ne connaît plus le contenu. Pire! on dilue le problème par le même classement en vrac sur d’autres communautés Web. Heureusement que certaines communautés mettent en place une structure de classement unique, laquelle est pensée pour une recherche rapide, une efficacité dans la multiplicité et un ordre «communautaire» permettant de créer les mêmes blocs d’informations, les mêmes paramètres organisationnels.

C’est un peu comme l’invention de l’imprimerie par Gutenberg. Cette innovation ne représentait pas le fait d’avoir inventé un mode de reproduction, mais plutôt d’avoir proposé une structure organisationnelle (sommaire, paragraphe, chapitre) permettant de mieux classer l’information pour que le lecteur puisse intégrer plus facilement la complexité des sujets traités. Les copistes du moyen-âge ne fesait qu’une seule et grande liste de textes qui était parfois très dense et très difficile à lire. L’exercice visait à archiver les contenus. De là vient également la même mauvaise habitude de nos archives en vrac où l’information tombe dans l’oubli du classement. Le séquençage de l’information a donc du bon. Mais, aujourd’hui, pour compliquer les choses, il y a plusieurs types d’informations (publicité, article de journaux, Clip, Tutoriel, slogan, vignette, texte principal, sommaire, chapitre, glossaire, PDF, mots clés, bande annonce, code d’accès, NIP, blogue, etc,). Et, souvent il faut en inventer d’autres à chaque fois car il y a de nouvelles plateformes. Il se peut que la gestion de ces différentes catégories de genres nous épuisent au point de nous désintéresser carrément de l’ordre intellectuel.

Nous sommes tous des fabricants d’images et des gestionnaires d’informations, multipliant souvent à l’excès ce morcellement d’idées et de connaissances. Et, pour ajouter à cette supernova de pixels, ce plasma ionisé textuel et cette atomisation des contenus, on perfectionne des plateformes pour leur donner des allures d’espaces hyperminiaturisés, ayant des capacités gargantuesques d’engloutir facilement la mémoire de tout un ordinateur faisant disparaître du coup toutes traces de motivation de l’utilisateur pour «faire du ménage», autant sur son disque dur que dans sa propre mémoire.

Bien sûr, le ménage intellectuel n’est plus à la mode, comme le fait de réparer un parapluie et même d’écrire un texte à la main. Il serait donc impossible de revenir au temps des copistes méticuleux qui écrivaient 300 pages en 5 années ajoutant des lettrines au début du texte, telles nos propres images, pour signifier un portail d’idées, dont chacun y voyait plus un repos de la vue qu’une synthèse picturale d’un contenu complexe. Aujourd’hui, on se télécharge un livre de 80 pages en 60 secondes et, à terme, nous ne lisons que la conclusion pour prendre connaissance du sujet traité. Puis, pour renforcer nos connaissances, nous allons sur des magazines Web afin de se faire une tête (ou prendre celle d’un blogueur) pour participer à un forum électronique, criant haut et fort notre opinion comme une vérité bien assimilée. Vous direz que j’exagère ! … à peine.

Mais, qu’est-ce que la mémoire humaine peut retenir de l’effort de classement et de la segmentation du savoir ? La qualité de la réflexion et le désir de choisir de l’information, non pas pour gonfler son disque dur mais pour intégrer une connaissance au point de ne plus avoir besoin de la consulter (ou du moins rarement) parce qu’elle fait partie intégrante de notre cerveau. L’ordinateur est un outil formidable mais il ne crée pas de significations. Plus on lui en donne et plus il en prend. Alors quel est le sens d’avoir autant d’informations si l’on oublie la raison d’une telle accumulation ?

Michel Delage

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