Une fenêtre temporelle pour agrandir le présent

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Est-ce que le temps présent n’est, en définitive, qu’un simple moment servant à situer cette mince frontière entre les souvenirs et les futures réalisations ou sert-il plutôt à réunir le passé et le futur dans des sortes de «fenêtres temporelles» ?

Sur une droite mathématique, le temps présent figure comme l’instant zéro opposant un passé sans lendemain à un futur rempli de potentialités, mais il peut jouer aussi le rôle d’un curseur capable d’indiquer la fin et le commencement de deux types d’infini pour justement circoncrire une suite d’événements.

En fait, le présent, vu comme une valeur de durée abstraite, permet de superposer différents cycles astronomiques à l’échelle cosmique. Élargir notre notion de temps présent aide à situer autant les interactions magnétiques de notre planète face au soleil que les changements de saison, mais aussi les étapes de notre propre développement. La nature possède des forces ayant des périodes d’activités récurrentes qui appartiennent à différentes temporalités pouvant être associées chacune à une «fenêtre temporelle» spécifique réunissant une pléiade d’événements qui normalement seraient séparés. Si l’évolution de nos sociétés, basée sur une série de projections, se place continuellement dans le sillon de ces cycles planétaires et stellaires dépassant des milliers, sinon des millions d’années d’existence, c’est que nous sommes conscients de participer à ces différentes temporalités, où mammifères, atomes comme planètes et soleils sont intrinsèquement liés, et ce, au miliardième de seconde.

Comme il est difficile d’accepter que le temps présent ne dure qu’un fantôme-seconde, nous agrandissons ce moment zéro jusqu’à ce qu’il construise une séquence de développement objectivement circonscrite dans une période temporelle connue (24 heures, 30 jours, 365 jours) pour potentiellement intégrer d’autres cycles toujours plus grands et toujours plus complexes. Ces «fenêtres temporelles» s’insérent dans nos modèles de développement mathématiques comme notre temps horloge avec sa trilogie seconde / minute / heure et ses bases de calcul 12 et 60. Ces différentes «fenêtres temporelles» appartiennent déjà à l’évolution du microcosme et du macrocosme et nous aident déjà à mieux préciser nos actions et nos réalisations de tous les jours.

Jadis, les humains ont essayé d’agrandir les fenêtres temporelles de leur société pour mieux se synchroniser à des forces de la nature, sources inépuisables d’énergie et d’inspiration. Les Mayas, les Égyptiens et les Chinois comme les Indiens des anciennes civilisations ont créé des calendriers fort complexes en mathématisant le temps à l’aide d’objets mathématiques très simples. Ces sociétés anciennes gardaient jalousement leur mémoire du passé comme garante du futur, comme si leurs fenêtres temporelles incluaient déjà notre époque et même au-delà. Basé sur des expériences passées échelonnées sur des milliers d’années, leur calendrier prévoyait des périodes d’activités récurrentes de transformation sociale sur des milliers d’années à venir. Les Mayas, par exemple, avaient cinq fenêtres temporelles de 5 200 ans pour un cycle de 26 000 ans. À l’intérieur de ce grand cycle les cinq fenêtres temporelles s’emboitaient telle des poupées russes et donnaient une très grande valeur de durée au développement de leur société. Chacune de ces fenêtres délimitait une époque et était en quelque sorte la mémoire d’événements astronomique importants qui leur rappelaient que le temps présent se construisait inévitablement par la fusion d’un passé et d’un avenir.

Pour réaliser des projets à long terme, nous devons nous aussi réactualiser des situations déjà connues liées à notre mémoire rétrospective*, en les superposant à des projections de notre mémoire prospective* pour créer ces développements temporels inspirés des périodes de transformations de la nature. Ces projets à long terme, qui nous sont propres, nous servent de point de référence pour agrandir ce fameux temps zéro associé à notre temps présent. La construction d’une «fenêtre temporelle» consisterait donc à choisir consciemment des souvenirs, des actions et des projections qui feront partie de la même séquence de développement, sinon du même déroulement temporel. Rassembler cette trilogie passé / présent / futur déjà liée à des forces qui nous dépassent demande de la réorganiser en événements plus proches de nos préoccupations.

Les «fenêtres temporelles» d’hier et d’aujourd’hui permettent de fixer abstraitement la fluidité de plusieurs développements temporels, incluant leur cycle de manifestation à l’intérieur d’une dimension dont nous sommes l’axe principal. Toutes les fenêtres temporelles que nous pouvons inventer, découvrir ou réactualiser associent automatiquement un passé mémorisable à un avenir projectif imaginable dans un temps présent avec une grande profondeur de champ. Plus notre présent est en correspondance avec des développements ayant une histoire et un avenir, plus nous semblons «avoir du temps».

Michel Delage

Documentation :
•    Armelle Viard, La mémoire autobiographique, L’essentiel cerveau & psycho, juillet 2011, p.26

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1 pensée sur “Une fenêtre temporelle pour agrandir le présent”

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